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La nouvelle des 5F

La comtesse et ses trois spécimens ou le voyage à la case départ

lundi 8 juin 2009, par Administrateur du site

Après plusieurs semaines d’écriture, un séjour sur les lieux de l’histoire et quelques relectures, les élèves de 5F sont fiers de vous présenter les mésaventures de la comtesse Jehanne.

Laissez-vous embarquer dans ce voyage dans le temps plein d’humour. Bravo aux jeunes auteurs.

Le voyage à la case départ ou la comtesse et ses trois spécimens

Chapitre I

La foire du mois de mars

« Approchez, approchez bonnes gens de cette belle ville de Troyes ! Venez assister au spectacle des cracheurs de feu, ce n’est pas tous les jours la foire de printemps ! »</justify)

Le spectacle des cracheurs de feu se trouvait devant la cathédrale, on entendait les cloches sonner Tierce au milieu de la matinée. Tout autour de cette cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul l’animation battait son plein. Au sud, face au porche et au tympan à claire-voie la foule des badauds pouvait admirer les sculptures des saints sous la rosace en construction. Cet ensemble ne manquait pas de grandeur. Là se trouvaient les marchands de bétail : ils vendaient des moutons, de belles chèvres et des vaches bien grasses.

Cet endroit n’était guère propre, on sentait une odeur désagréable de mouton mêlée à celle de la paille imbibée d’urine, elle aurait presque pu faire oublier celle des pains tout chauds et de la bonne viande grillée, qui parvenait de la taverne toute proche.

À quelques mètres de là un marchand tournusien : petit, gros, aux cheveux bruns, vendait de la laine. Il était connu ce Tamcrède pour la qualité de ses laines et c’est pourquoi les riches étaient nombreux à lui en acheter pour faire des gambissons ou des surcots de belle qualité.

Un peu plus loin, en face du marché aux bêtes, les gens se bousculaient pour arriver à la fameuse taverne de maître Guérin. Un homme s’en approcha en bousculant violemment les gens de son bras droit qu’il balançait à chaque instant d’avant en arrière, on aurait cru voir un moulin à vent. Il était petit, mesurait environ 1,60 mètre. Son visage avait un aspect sévère et ses petits yeux bleus et vifs montraient qu’il était dangereux. Il portait un surcot vert déjà bien usé aux coudes.

Un autre badaud s’approcha de la taverne, la bouche ouverte comme s’il cherchait à happer l’air. Il était grand, mesurait environ 1,90 mètre, sa démarche maladroite lui donnait l’air naïf, il était revêtu d’un surcot bleu, de braies marron, et de grandes chausses grises lui couvraient les genoux.

Un troisième individu s’approcha à son tour de la taverne en se frayant difficilement un chemin à travers la foule de gens qui envahissaient la foire. Il était d’une forte corpulence et semblait aimer boire et manger, une cape noire recouvrait un surcot rouge garance.

Le premier se nommait Pépin, le deuxième Colin et le troisième Nestor. Ces trois hommes avaient environ 25 ans. Le premier venait de Lille, on le remarquait à son accent du Nord de la France. Le second venait de Nancy et le dernier venait du Havre. Ils ne se connaissaient pas encore mais ils s’assirent tous les trois sur un banc devant une table en bois rustique déjà bien maculée de taches de vin. Ils commencèrent par faire connaissance en buvant une belle cervoise dorée, malgré l’heure matinale.

« Je suis à la recherche de travail, mais à Nancy on ne nous propose rien, et les fermiers n’ont pas d’argent pour nous employer. » disait Colin.

Soudain un homme au visage buriné, qui devait avoir la trentaine, surgit dans la taverne. Il faisait le tour du marché en espérant embaucher des gens. Il était à la recherche d’ouvriers pour le chantier de Guédelon qui avait déjà commencé dix ans auparavant et qui demandait encore autant d’années de travaux. Il observait la taverne en ouvrant l’œil autour de lui et il entendit ces trois hommes en train de parler à voix haute de travail. Il s’approcha alors d’eux, participa à la discussion, puis finit par s’asseoir et but une cervoise en leur compagnie. Il leur annonça enfin que s’ils étaient à la recherche de travail, ils pouvaient aller à Guédelon, car là-bas on était à la recherche d’ouvriers pour la construction du Château du Sire Charles de Guédelon.

Ce fut Pépin qui le premier répondit spontanément à l’offre de cet architecte recruteur, Nestor lui emboita le pas et Colin qui semblait hésiter finit par accepter la proposition.

Chapitre II

Les apprentis de Guédelon

Deux jours plus tard les trois compagnons arrivèrent en vue de Guédelon. Ils furent impressionnés par le nombre d’ouvriers qui s’activaient sur le chantier, et par les diverses odeurs qui provenaient des cuisines.

Le rêve de Nestor était de devenir bûcheron car, dans son enfance normande, il avait beaucoup entendu parler de la forêt de Brocéliande toute proche et ne voulait surtout pas devenir marin comme tous les autres membres de sa famille. Quant à Colin et Pépin ils n’avaient aucune idée de ce qu’ils pourraient faire ici, ils avaient surtout besoin de gagner leur vie.

Vers midi en cette belle journée de mars, maître Gaspard, chef du chantier, mais aussi vannier, les surprit en train d’admirer cette majestueuse construction. Il leur demanda sèchement :

« Vous trois que faites-vous ici !?

- On nous a dit que vous embauchiez » répondit Pépin.
Il eut à peine le temps de répondre que maître Gautier, le bûcheron, arrivait près d’eux et leur dit qu’il avait besoin d’un costaud pour l’aider en forêt. Nestor sentit que son rêve allait se réaliser, il accepta aussitôt et suivit maître Gautier d’un pas alerte jusqu’à la forêt de chênes et de châtaigniers qui se trouvait à quelques lieux du château.

Colin et Pépin suivirent maître Gaspard sur le chantier pour faire quelques essais afin de prouver leurs compétences. Ils commencèrent par tailler de la pierre. Ce fut un vrai désastre pour les deux apprentis, Colin en un coup de ciseau fendit la pierre en deux et Pépin s’agitait tellement de son bras droit surtout, qu’il ne réussit pas à suivre une seul ligne tracée par le maître tailleur.

Après avoir cassé à eux deux un imposant tas de pierre, on les envoya retrouver maître Gaspard, le vannier. Ici Colin réussit à « broder » un petit panier qui augurait favorablement de ses qualités manuelles. Quant à Pépin il ne réussit qu’à faire quelques nœuds avec l’osier bien souple. Maître Gaspard fut ennuyé par ce mauvais travail et il le conduisit en cuisine où maître Aurèle lui donna immédiatement à récurer de grosses marmites et l’envoya ensuite puiser de l’eau au puits creusé au milieu de la cour. Pépin se sentit tout de suite à l’aise dans cette immense cuisine et de nouvelles odeurs inconnues de ses narines donnaient des ailes à cet apprenti marmiton. En effet des merles, un paon et un sanglier étaient en train de rôtir embrochés tous ensemble devant un feu d’enfer dans la grande cheminée. Ce soir on reçoit les voisins du château. Les cuisiniers se mirent à rire lorsque Pépin confondit le sel et le poivre très rare en cette période de l’année. Très impulsif, le jeune inexpérimenté frappa un cuisinier qui ne s’en sortit pas indemne : il dut ramasser sa dernière incisive qui, depuis quelque temps déjà cherchait à s’échapper de sa pauvre mâchoire. Maître Aurèle rétablit l’ordre rapidement et remit tout le monde au travail.

En fin d’après-midi maître Gaspard rejoignit maître Gautier pour voir comment se débrouillait Nestor, c’était lui le plus fort des trois nouveaux et maître Gaspard lui dit :

« Il me reste une place dans la cage à écureuil. Serais-tu intéressé par ce poste ? »Nestor ignorait ce qu’était une cage à écureuil mais il accepta sans réfléchir car toute proposition était bonne à prendre pourvu qu’elle remplisse son escarcelle.

Au même moment dans la cuisine maître Aurèle était très content d’avoir un bon commis pour les tâches subalternes. En effet Pépin s’appliquait pour éviter les moqueries des autres marmitons…

Chapitre III

Ce matin là

Dès que le soleil était levé et que les coqs chantaient prime, les habitants du château entendaient le marteau du forgeron sur l’enclume, le grincement de la poulie du puits, celui de la scie sur le bois et le bruit du poinçon sur la pierre.

Tout en brossant ses longs cheveux blonds, Jehanne, la fille du comte de Guédelon, salivait d’avance à l’odeur du miel des abeilles, des fruits venant d’être cueillis, des oublies préparées dans la cuisine pour elle et son père. Elle humait déjà le parfum des fromages bien frais et les pains d’épices tout chauds, sortant du four. Jehanne avait faim, mais elle n’ira que tout à l’heure déguster ces délices, car pour l’instant elle écoutait avec attention sa gouvernante qui lui racontait que trois nouveaux ouvriers étaient arrivés sur le chantier ce matin même. Jehanne, la coquette, décida de se faire belle pour être remarquée de ces derniers, elle réclama sa robe ornée de faux diamants, sa broche d’or et mit un beau peigne bleu dans ses cheveux.

Depuis sa fenêtre, le seigneur aperçut les trois ouvriers qui se rendaient dans la cour du château. Le contrat ayant été établi la veille sur un reste de parchemin, chaque ouvrier entrait donc en fonction. Pépin se dirigea en courant vers les cuisines, Nestor chercha la cage à écureuil, quant à Colin, il s’était perdu dans les dédales du château.

Pépin, le premier sur son lieu de travail dans les cuisines, demanda à maître Aurèle quelles tâches il devait accomplir. Celui-ci lui répondit d’une voix forte :

« Va puiser de l’eau et nettoie la grande cuve qui se trouve près de la cheminée ; allez, dépêche-toi ! »

Nestor se rendit donc comme prévu à la cage à écureuil. Il était très fier de tourner cette roue pour monter les belles pierres taillées par maître Barthélemy, le tailleur de pierre. Cet après-midi, il réalisera son rêve d’enfant : il sera bûcheron, il aidera à équarrir et à écorcer des morceaux de bois. Il mettra tous ses muscles au service du passe-partout. Pendant ce temps, Pépin était le souffre-douleur des cuisines, il n’était bon qu’à faire la vaisselle et à remonter l’eau du puits, aussi son moral déclinait.
Colin arriva enfin vers maître Gaspard, le vannier, qui était furieux de ne pas l’avoir vu arriver à l’heure. Il s’inquiétait :

« S’il ne vient pas, comment vais-je faire ? Il me reste vingt paniers à fabriquer.

- J’arrive, j’arrive ! s’époumonait Colin en arrivant en vue de la vannerie.

- Ah, enfin te voilà ! constata maître Gaspard.

- Ah ! pensait Colin, j’aimerais bien savoir ce que fait Nestor dans une cage à écureuil.

Il faisait beau ce matin là de printemps ; alors que le soleil pointait juste son nez à l’horizon, Nestor s’agitait déjà dans la cage à écureuil. Il l’avait trop lourdement chargée si bien qu’elle céda sous le poids de cinq belles dalles de pierre.

- « Maître Raoul, dit un maçon, on va avoir un problème pour monter les pierres.

- Vite, réparez la cage ! répondit le maître maçon en s’approchant de la cage à écureuil ».

La cloche sonna none, le seigneur se mit alors à inspecter le chantier, on était le jeudi 22 Mars 1239.

Il parla aux maîtres et aux ouvriers. D’allure majestueuse, somptueusement vêtu d’un mantel de drap gris perle, le comte de Guédelon avait la mine triste, il ne se remettait pas de la mort de sa femme décédée de la peste noire, deux ans auparavant. Lui et sa fille avaient eu la chance d’être épargnés. Il alla également dans les cuisines et les ateliers. Il s’apprêtait à parler à Colin, Nestor et Pépin qui s’étaient rassemblés dans la cour, quand il fut interrompu par le conseiller du duc Hugo, le voisin, qui venait de passer le pont-levis sur un magnifique destrier blanc. Les trois ouvriers entendirent une partie de la conversation :

« Jehanne est jeune et belle, alors acceptez de la marier avec le duc Hugo et cela vous rapportera gros. »

Colin, Nestor et Pépin ne rêvaient plus que de voir de plus près la fameuse Jehanne pour admirer sa beauté. Ils songeaient à elle tous les trois quand ils furent sortis de leur rêverie par une servante qui criait :

« C’est terrible, venez vite, la jeune comtesse est tombée de cheval ! »

Chapitre IV

Une belle comtesse dans la boue

Une foule de gens se regroupa autour de la comtesse qui était tombée de son jeune palefroi… Nestor, Colin et Pépin, intrigués, s’approchèrent discrètement pour voir ce qui se passait. La comtesse, entourée de ses deux gouvernantes pleurait sur son sort : elle avait un énorme bleu sur le front, elle saignait du nez , avait des branchages dans les cheveux et un œil au beurre noir.

Les trois hommes essayèrent de se rapprocher pour mieux la voir. Et c’est là que commença pour eux le début d’un amour fou. Colin était resté bouche bée devant la beauté de la jeune comtesse et laissa même couler un filet de bave qui glissa le long de son menton. Pépin devint aussi rouge qu’une pivoine et se mit à bégayer bêtement « Que…que…c’est biau, que c’est biau ! ». La comtesse essayait de se relever mais glissa dans la boue. Nestor se jeta alors à ses pieds pour l’aider mais celle-ci lui lança brusquement « Mais lâchez-moi ! Je peux très bien me débrouiller seule. Je ne suis plus une enfant ! ». Froissé, il se retira et retourna à son travail. Quant à la capricieuse damoiselle, elle se dirigea vers le château suivie de ses gouvernantes. Elle leur ordonna de laver sa robe couleur de pourpre et de lui préparer un bain dans le grand cuvier. Plus tard, dans la soirée, la comtesse, vêtue d’une chainse mauve, se rendit dans la salle à manger qui avait été terminée depuis peu de temps et qu’on venait juste de décorer avec de superbes fleurs champêtres, pour dîner en compagnie de son père. Pendant que celle-ci lui expliquait ses mésaventures équestres, Pépin, l’espionnait discrètement par la porte des cuisines. Il prit alors l’habitude d’admirer cette jeune et belle damoiselle tous les jours pendant des mois.

Colin, secrètement amoureux dès le premier jour, décida de lui fabriquer un panier en forme de cœur. Il passa plusieurs semaines à le confectionner. Quand il fut enfin fini, il le remplit de fruits cueillis aux arbres du verger et le déposa à l’écurie où se trouvait la jument de la belle Jehanne. Quant à Nestor, épris d’un amour fou, il décida de lui rédiger un poème qu’un vieux curé avait tenté de lui apprendre lors de ses cours de catéchisme dans sa petite paroisse du Havre, alors qu’il n’avait que sept ans.

Jehanne,

Vous aite tellemant bêle

Vo cheveu blons son si dou

Votre sourrire remply ma vie de boneur

Je vous ème.

Il jeta le poème à ses pieds et courut se cacher sans demander son reste. La comtesse le lut et afficha un air radieux. Mais quand elle fut partie, Nestor se rendit compte qu’il avait oublié de le signer.

Plusieurs mois s’écoulèrent sur le chantier. Les trois ouvriers aimaient de plus en plus Jehanne. Leur amour pour elle grandissait de jour en jour, chacun d’eux gardait ce secret étouffé au fond de son cœur, mais celle-ci n’y prêtait pas vraiment attention ; elle préférait s’occuper de ses robes et s’amuser avec son petit chien, noisette.

Chapitre V

Déclarations d’amour

Ce matin du 15 novembre, le brouillard couvrait la totalité du château et la comtesse sortit de sa chambre pour admirer le lever du soleil comme chaque jour mais elle constata avec regret que cette journée commençait plutôt mal : l’automne était bien au rendez-vous, alors elle se précipita dans les cuisines afin de calmer sa petite faim et dans l’espoir d’y trouver des galettes au miel, elle raffolait de ces petites friandises.

C’est en y arrivant qu’elle aperçut, posé sur la grande table recouverte d’une nappe bordée, de minuscules dentelles, un panier rempli de pommes rouges, vertes et jaunes. Elles étaient si belles et si tendres, qu’elle ne put résister à en croquer une bien ronde et sucrée.

Pépin, l’apprenti cuisinier déjà au travail, observait du coin de l’œil cette plaisante apparition et, sous son charme, il en renversa une grosse bassine d’eau bouillante. La comtesse éclata d’un rire aigu et perçant. Pépin mouillé jusqu’au braies rigola à son tour. Puis, il pensa que c’était le bon moment pour lui parler du fameux plan qu’il avait envisagé toute la nuit pour partir avec elle. Il espérait que la comtesse accepterait :

« Com … Com … Comtesse ? Bégaya-t-il

- Oui ? Qu’y a-t- il ?

- Hum …

- Je vous écoute, allez-y !

- Eh bien Chè … chè … chère comtesse

- Oui, mais qu’y a-t-il ?

- Je … je … je suis tombé amoureux de vous, je me noie dans vos yeux, vous êtes plus plus ravissante que que que l’aube. Comtesse, je suis fou … fou … fou … de vous, de vos yeux, de votre sourire, et, hum … Je … je … je … voudrais vous demander de … de …. de … venir…, de m’accompagner dans dans dans le Sud, dans un pays chaud. Il y a de … de … de … merveilleux fruits con con confits, voulez-vous ?

- Des fruits confits ? Un pays chaud ? Oui, ça me tente beaucoup, mais y a-t-il du miel ?

- Mais bien sûr charmante mante de de damoiselle.

- Et bien alors, je vais te suivre, ce pays à l’air merveilleux…

- Alors dans ce cas, je viendrai vous vous vous chercher samedi à la tombée de la nuit, je … je … je … vous attendrai devant votre votre votre porte. Puis nous nous nous partirons loin loin d’ici. Il fera froid ! Pre … pre ... prenez de quoi vous cou … cou … couvrir au cours du long voyage.

- Oh, merci mon ami ! Merci du fond du cœur.

- Je ferai n’imp … n’imp … n’importe quoi pour … pour … pour vous. Vous êtes si …. si … si belle comtesse.

- Je serais à l’heure convenue. A samedi.

- À ... à … à samedi belle comtesse. »

La comtesse repartit en tortillant du derrière les yeux glauques débordants d’amour. Pépin, de son côté, retourna à ses fourneaux bavant de réussite, il avait conquis une damoiselle.

Le lendemain dès l’aube le soleil était de retour et son disque pointait à l’horizon, les oiseaux chantaient et se rassemblaient avant de s’envoler vers le Sud pour l’hiver. Le pain cuisait dans le four d’où s’échappait une douce odeur de blé et de seigle.

La jeune comtesse décida alors d’aller se promener à cheval par cette merveilleuse journée d’automne, avant que les frimas ne viennent recouvrir de glace toute la campagne environnante.

Colin qui confectionnait un gros panier en osier, s’arrêta brusquement au son des gros sabots du percheron, que la comtesse montait exceptionnellement pour ses balades en forêt.

Il tourna la tête et resta immobile pendant quelques secondes avant de s’apercevoir que la merveilleuse personne était bel et bien Jehanne et qu’elle l’observait dans son labeur. Elle semblait si légère et gracieuse sur ce gros cheval que Colin en lâcha son panier qui roula à ses pieds. Il décida alors que c’était le bon moment pour lui parler, il l’interpella :
« Hum … Comtesse ? !

- Oui ? Qui y a-t-il ? demanda la comtesse.

- Belle comtesse, de toute ma vie je n’ai jamais rencontré une personne aussi gracieuse et belle que vous. Depuis le jour où je vous ai vue, votre sourire est devenu mon rayon de soleil. Je ne peux plus me passer de vous…

- Eh bien, puis-je vous dire que c’est bien la première fois que l’on me fait une aussi charmante déclaration. Elle avait déjà oublié son amoureux de la veille.

- Ce n’est pas une déclaration comtesse, c’est une invitation.

- Une invitation ? demanda la comtesse intriguée.

- Oui, une invitation à partir loin d’ici, dans un pays où il ferait toujours beau, où les oiseaux chanteraient toute la journée, et où les soirs d’été seraient très doux. Un pays si merveilleux, sans loi, sans mur, ni château, ni tour qui vous enferme. Il n’y aurait aucune interdiction. Venez avec moi, je vous emmènerai dans ce pays si fabuleux. Acceptez-vous ?

- Oh oui ! Ce serait tellement magique ! Y a-t-il des fées dans ce pays ?

- Oh oui comtesse ! ! Des centaines de fées !

- Et bien c’est d’accord ! Quand partons-nous ?

- Bientôt, mais avant il faut que je confectionne un gros panier, vous vous hisserez à l’intérieur, et nous partirons ensemble, disons samedi, à la tombée de la nuit, êtes-vous d’accord ?

- Oh oui ! Merci beaucoup très cher ami. À samedi.

- Bonne promenade comtesse et faites attention aux branches qui passeraient par là. À samedi. »

La comtesse repartit tout en chantonnant, elle était heureuse, très heureuse, aujourd’hui un homme qu’elle avait séduit voulait l’emmener loin d’ici.

Elle avait vraiment oublié que la veille Pépin lui avait fait la même proposition.
Colin, enchanté, reprit son travail en sifflant un air de sa Lorraine natale celui que sa grand-mère lui fredonnait le soir avant de le coucher ; il y a bien longtemps de cela.

L’après-midi de ce même jour, le soleil luisait encore dans le ciel bleu et la comtesse décida d’aller cueillir quelques noisettes sauvages, là juste derrière le château.

Nestor qui coupait du bois pour le soir ; vit la damoiselle et l’interpella :

« Mademoiselle Jehanne ! cria t-il

- Oui qu’y a-t-il ? Ah c’est vous Nestor !

- Hum … voudriez-vous m’accompagnez dans le sud ? Je dois repartir car le chantier va s’arrêter pour l’hiver.

- Dans le Sud ? Cette proposition lui rappelait quelque chose mais elle ne savait plus vraiment de quoi il s’agissait.

- Oui comtesse ; il y fera beau et vous serez libre, loin de votre père, de vos gouvernantes et vos domestiques.

- Et il y a tellement de belles choses là bas … rajouta t-il.

- Vous êtes formidable ! Ça y est je m’en rappelle hier le miel, les galettes ! Et ce matin les fées ! »

Nestor, surpris par les mots de la comtesse totalement dépourvus de sens, finit par rajouter :

« Je vous attendrai samedi soir à la tombée de la nuit, derrière un arbre avec le cheval tonnerre ! En disant ces paroles Nestor fit tomber une grosse bûche de bois sur ses pieds et laissa s’échapper un horrible cri de douleur accompagné de nombreux « sottard de sottard ».

- J’y serai mon cher Nestor avec toutes mes robes ! dit enfin la comtesse qui pouffait de rire.

- À samedi comtesse ! bonne balade !

- Merci à samedi ! »

Jehanne continua sa promenade en laissant traîner derrière elle sa longue robe de drap bleu-ciel. Nestor, lui, avait repris son travail avec le pied droit gros comme un topinambour. Il était un peu inquiet par les paroles de la comtesse « avec toutes mes robes ! ». Allait-elle emporter toute sa garde-robe ?

Chapitre VI

Recette :

Préparation d’un enlèvement pour quatre personnes

Par une nuit sans lune, une petite silhouette trapue se dirigea vers les écuries. Elle détacha la courroie du cheval de trait fixée à un anneau en fer enfoncé solidement au mur. Elle entoura les sabots du solide percheron avec une grosse toile beige qui sentait encore l’avoine et la maintint avec de grosses ficelles rugueuses. C’était Nestor le bûcheron qui faisait ce manège pour enlever sa dulcinée. Il cacha le gros cheval dans la forêt et l’attacha à un gros chêne derrière un buisson de ronces qui s’agrippèrent joyeusement au fond de ses braies. Il cacha aussi une charrette prise sur le chantier à la nuit tombée et qu’il avait remplie de jambons, de pains de seigle et de fruits frais.

Au même moment, dans l’atelier des vanniers, Colin s’activait pour terminer un immense panier semblable aux paniers des morteliers. Mais celui ci recevra l’illustre postérieur de la comtesse « enrobée » de mille bliauds et chaperons, postérieur dont on ne sait par quel miracle Colin était épris. Lorsqu’il eut fini son ouvrage, il le dissimula dans un sac en prenant beaucoup de précautions car ce panier fait à la hâte présentait bon nombre de trous, il était donc très fragile.

Pendant toutes ces activités secrètes, un petit nabot attendait derrière la porte de la comtesse , que sa mie ait finit de se préparer pour pouvoir l’enlever. Il avait dans ses mains un petit paquet entouré de papier jaune enrubanné de rose. La boite renfermait de délicieuses confiseries fondantes comme du miel, en forme de cœur et nappées de confiture de fraises. Il les avait cuites en secret spécialement pour son amie.

Attendue de tous, la comtesse se préparait dans sa chambre. Elle enfilait les unes sur les autres ses nombreuses robes de cérémonie : celles pour les grands bals, brodées de fils d’or, garnies de dentelles et richement décorées de faux saphirs, de faux rubis et de faux diamants. Mais ce qu’ignorait la jolie damoiselle simple d’esprit, c’est que les routes qu’empruntait son peuple ressemblaient à des immenses marécages et qu’elle risquait fort de tacher ses jolies robes.

Chapitre VII

Le jour E comme enlèvement

Oublions la comtesse et revenons en à nos trois compagnons.

Colin était un petit peu anxieux son cœur battait très vite. Il se trouvait caché derrière la cage à écureuil, quand tout à coup il entendit le grincement de la poulie du puits, ses mains se mirent à trembler et son cœur battait encore plus vite. A pas de velours il se rapprocha du puits et là, il reconnut Jules le serviteur du comte : il était en train de puiser de l’eau fraîche pour sa consommation personnelle car il ne buvait pas d’alcool. Colin qui avait peur de se faire repérer arriva derrière l’homme. Il prit un bout de bois qui se trouvait sur le chemin et assomma le « puiseur d’eau » d’un grand coup derrière les oreilles comme on a l’habitude de faire pour tuer un lapin. Colin partit ensuite comme prévu vers la cage à écureuil où la comtesse devait l’attendre dans son panier. Ne la voyant pas descendre il compta alors dix fois dix sur ses doigts. Quand il eut terminé il regarda à nouveau le panier et constata qu’il restait désespérément vide, il s’énerva et donna un grand coup de pied dans la cage à écureuil, il émit un gémissement à peine audible mais qui fut très long car il venait de se fouler le gros orteil gauche.

Pendant ce temps Pépin montait les escaliers quatre à quatre. Son cœur battait très fort en pensant que le lendemain il serait loin de ce château, seul avec la comtesse. Il arriva à l’étage du seigneur où deux gardes à moitié ivres s’adonnaient à une longue partie de trictrac devant la grande cheminée ornée de sculptures de dragons, de serpents et d’autres animaux fantastiques. Leurs visages luisaient à la douce lumière du feu. A ce moment là Pépin qui ne faisait pas très attention où il marchait, car il pensait au sud de la France, trébucha sur une chope de bière laissée là par les deux gardes du comte, il vola jusqu’à retomber sur un grand portrait du comte en compagnie de sa femme. Alors un grand lambeau de toile se déchira et la pauvre noble femme fut décapitée. Un garde tourna la tête, son nez était plus rouge qu’une tomate tellement il était ivre, mais il se replongea machinalement dans son jeu. Pépin continua son chemin dans l’escalier en colimaçon jusqu’à l’étage où logeait la jeune comtesse.

Celle-ci l’attendait devant sa porte telle une marionnette engoncée sous un amas de robes, et elle dut passer de côté dans la porte étant donné la largeur de ses nouvelles hanches. Il la prit par la main et ils commencèrent à descendre les escaliers. Mais une fois de plus une chope de bière mal placée fit trébucher la comtesse, elle glissa en arrière et dévala le reste des escaliers sur ses fesses. Malgré sa chute Jehanne arborait un large sourire jusqu’aux oreilles, parce qu’elle n’avait pas si mal que ça : ses nombreuses robes avaient amorti cette glissade. Arrivés en bas des escaliers Pépin et la comtesse passèrent la porte principale et coururent jusqu’à l’entrée de la grande cour.

De l’autre coté du pont, Nestor attendait sur le cheval, Tonnerre, depuis un long moment. Et comme la comtesse ne venait pas, il décida de descendre du cheval afin d’aller voir ce que faisait la charmante demoiselle. Mais la nuit était bien sombre et au moment où il écarta son pied de l’étrier, il glissa tête la première dans la boue. Il se releva très énervé en essuyant son visage avec sa paume de main et se dirigea vers le pont, en essayant de courir comme il pouvait car la boue fraîche commençait de coller à ses chaussures.

Quelques secondes plus tard, << la statue >> de boue qui ressemblait vaguement à Nestor, aperçut un homme sur le pont, accompagné d’une énorme dame qui semblait se balancer de droite à gauche, au même moment un autre individu arriva en boitant derrière cet homme et une bagarre éclata, là, sur le pont, en plein nuit. La bagarre ne dura pas longtemps car les hommes se reconnurent bien vite aux sons de leurs jurons. Colin perdit trois ou quatre dents et Nestor termina cette mêlée avec un œil au beurre noir. Le combat s’acheva donc après quatre <> trois <> et deux <>. Seul Pépin petit et nerveux avait agité ses bras dans tous les sens et s’était ainsi protégé des coups. La réconciliation fut rapide, on entendit même quelques éclats de rire et ils se mirent tous d’accord pour partir ensemble en direction du sud, sans oublier la comtesse qui pour rien au monde ne serait retournée dans sa tour.

Chapitre VIII

Le voyage

Une heure après l’enlèvement de la jeune comtesse, les trois ravisseurs étaient déjà à quatre lieues de Guédelon. Nestor et Colin bien installés dans la charrette au milieu des pains de seigle dormaient depuis le départ. Pépin dodelinant au rythme du pas du percheron avait fini par s’endormir en souriant. Il était déjà en train de faire de beaux rêves : il épousera Jehanne dans le pays du soleil quand il se serait débarrassé des deux bêtas qui l’accompagnaient.

La jeune Comtesse assise en amazone sur l’énorme croupe de l’animal, était peu habituée à ce genre d’escapade, elle essayait en vain d’attraper la ceinture de son charmant ravisseur. Elle était dans ses rêveries. Elle se demandait quelle réaction allait avoir son père, le lendemain matin, quand il apprendrait sa disparition.

« C’est agréable de se sentir importante » se disait-elle, elle n’était plus la petite fille dont on se moquait dans son dos, qui avait un jour noyé son chat dans la cuve pour imiter le geste qu’elle avait vu faire à la cathédrale d’Auxerre un jour de baptême.

Arrivée à ce moment là de ses pensées, elle ne vit pas un branche qu’un chêne avait malencontreusement laissé pendre à la hauteur de sa tête et qui la fit tomber dans la boue fraîche.

Les trois amis ne se rendirent compte de rien car Colin et Pépin dormaient et Nestor ronflait à réveiller un cimetière.

Les cloches de la cathédrale St Étienne d’Auxerre, qui étaient en construction, les réveillèrent à l’heure de la prime. Comme ils avaient soif, ils se rendirent d’un commun accord dans la taverne « maître Ivroigne » à l’entrée de la ville. C’est alors que Pépin, réveillé par ce bon déjeuner alcoolisé s’aperçut que leur comtesse avait disparu. Une courte discussion leur fit vite admettre que rester célibataires n’était pas si mal que ça. Après avoir mangé et bu, ils continuèrent leur route vers le sud.

Chapitre IX

À la case départ

Tandis que ces trois ravisseurs continuaient leur chemin, la comtesse essayait de retourner chez elle mais ce n’était pas chose facile car elle était myope. Elle dut alors se mettre à quatre pattes pour suivre les traces de la charrette.

Quand elle fut enfin arrivée au château, personne ne la reconnut, ni ses gouvernantes ni son père. Ce dernier crut que c’était encore une de ces mendiantes qui venait lui voler chaque matin ses nombreuses pommes du verger. Il lui dit :

<< Allez-vous en ! Sale mendiante ! N’en avez-vous pas assez de voler sur mon domaine ? ! >>

Mais comme elle restait plantée là, sans bouger le comte, furieux, ordonna à ses gardes de l’expulser afin d’en finir. Jehanne se sentit délaissée et pleura … Elle sanglota :
<< Même mon propre père ne me reconnaît pas ! Je suis vraiment seule au monde …>>
Le seigneur s’exclama :

<< Jehanne c’est toi ? ! >>

Depuis ce jour son père, qui la crut folle, l’envoya dans un couvent, au grand malheur des bonnes sœurs, qui essayèrent en vain de lui apprendre le latin sans y arriver.

Chapitre X

Moralité

Quand on est sotte,

Quand on craint la boue,

Quand on craint les branches et

Quand on est surtout très myope.

On ne suit pas trois spécimens

FIN

  • Ont tapé le texte après avoir participé à sa création
    • BARNAY Pierre-Jaques
    • BOULÉ Baptiste
    • DUCHAMP Valentine
    • DUGAST Gaëtan
    • FELIX Romain
    • MANSOURI Nadia
    • MARTIN Joris
    • SAUTEL Charlotte
    • SEGAUD Marine
    • VANHOOVE Marion
    • ZABAWA Justine
  • Ont collaboré également à l’élaboration du récit
    • CLEMENT Manon
    • DA SILVA Kévin
    • DA SILVA JALLET Astrid
    • DOUA Alison
    • GOMEZ Lucas
    • LAFOUGE Charline
    • MENDES PAVIA Aurélie

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